Ville circulaire : les programmes qui accompagnent le réemploi urbain
Entre matériaux de réemploi, chantiers bas carbone et logistique du dernier kilomètre, un écosystème de programmes d'accompagnement structure désormais l'économie circulaire urbaine en France.

La ville ne se pense plus seulement en mètres carrés construits, mais en flux : flux de matériaux qui entrent et sortent des chantiers, flux de marchandises qui irriguent les quartiers, flux de déchets qui devraient redevenir ressources plutôt que finir en décharge. Cette bascule vers une économie circulaire appliquée au fait urbain, réemploi de matériaux de construction, gestion différenciée des chantiers, logistique urbaine bas carbone, a fait émerger, ces dernières années, un paysage de programmes d'accompagnement spécifiquement tournés vers ces enjeux. Reste à savoir lesquels, et pour quel profil de porteur de projet.
Le réemploi de matériaux, moteur du chantier bas carbone
Le secteur du bâtiment et des travaux publics concentre une part importante des déchets produits en France, ce qui explique l'attention portée par les pouvoirs publics et les acteurs privés au réemploi : diagnostic ressources avant démolition, plateformes de revente de matériaux de seconde main, traçabilité des gisements. Des startups se positionnent sur toute la chaîne, du repérage des matériaux disponibles sur un chantier à leur reconditionnement, en passant par la mise en relation entre chantiers de déconstruction et chantiers de construction. Ces projets ont un point commun : ils doivent composer avec des interlocuteurs publics (villes, aménageurs, bailleurs sociaux) et des filières du BTP peu habituées à l'expérimentation rapide, ce qui rend l'accompagnement par un programme dédié particulièrement utile pour ouvrir des portes et raccourcir les cycles de test.
La logistique urbaine, angle mort longtemps sous-traité
Longtemps pensée comme un simple prolongement du dernier kilomètre, la logistique urbaine est devenue un terrain d'expérimentation à part entière : micro-hubs de proximité, mutualisation de livraisons entre commerçants, véhicules adaptés aux zones à faibles émissions, retour de contenants consignés. Ces solutions ont ceci de spécifique qu'elles ne peuvent se déployer qu'en lien étroit avec les collectivités, qui arbitrent l'accès à la voirie, aux zones de livraison ou aux friches réaffectées en points de distribution. C'est précisément ce type d'articulation entre startups et acteurs publics locaux que cherchent à faciliter les programmes centrés sur la ville durable.
Un paysage de programmes aux focales différentes
Plusieurs types de structures composent aujourd'hui cet écosystème, avec des positionnements qui se recoupent parfois mais restent distincts.
Du côté des programmes centrés sur la ville et ses acteurs, Ville de Demain, la verticale de Station F consacrée à la ville durable, accompagne des startups qui travaillent avec les collectivités, les aménageurs et les opérateurs urbains, un positionnement qui recoupe naturellement les enjeux de matériaux, de chantiers et de logistique urbaine. Le programme est dirigé par Nicolas Régnier, Program Director à Station F, et les candidatures se font via ville-demain.com.
Sur un terrain proche, Urban Lab, porté par Paris&Co, propose depuis plusieurs années aux startups de tester leurs solutions en conditions réelles sur le territoire parisien, en lien direct avec la Ville de Paris et ses services, une approche par l'expérimentation urbaine complémentaire d'un accompagnement en incubation classique. Leonard, la plateforme d'innovation du groupe Vinci, s'intéresse pour sa part spécifiquement aux sujets de construction, de ville et de mobilité, avec un ancrage industriel côté BTP. Impulse Partners accompagne quant à lui des startups positionnées sur la construction, l'immobilier et la ville, avec une mise en réseau orientée vers les acteurs du secteur.
D'autres structures abordent le sujet sous l'angle de l'impact social et environnemental plus large, sans être exclusivement centrées sur l'urbain : Antropia, l'incubateur social de l'ESSEC, makesense, qui accompagne des projets à impact, La Ruche, réseau d'espaces dédiés à l'entrepreneuriat social et environnemental, ou encore Ronalpia à Lyon. Des incubateurs généralistes ou deeptech comme Agoranov ou Wilco à Paris, et EuraTechnologies à Lille, peuvent également accueillir des projets d'économie circulaire urbaine sans en faire leur spécialité exclusive.
Enfin, un троisième cercle rassemble les organismes publics de financement et de soutien, qui ne sont pas des incubateurs à proprement parler mais interviennent en complément : Bpifrance, l'ADEME et la Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts) proposent des dispositifs de soutien aux projets liés à la transition écologique et à l'aménagement, tandis que l'EIT Urban Mobility, institut européen d'innovation, cible plus spécifiquement les solutions de mobilité urbaine à l'échelle du continent.
Choisir selon la nature du projet
Pour un porteur de projet, le choix dépend surtout de la nature de la brique développée. Un projet centré sur le lien direct avec des collectivités ou des opérateurs urbains trouvera un intérêt particulier dans des programmes comme Ville de Demain ou Urban Lab, taillés pour ce type de mise en relation. Un projet plus proche de l'industrie du BTP se rapprochera naturellement de Leonard ou d'Impulse Partners. Un projet porté par une dimension d'impact social fort pourra privilégier Antropia, makesense, La Ruche ou Ronalpia. Ces choix ne sont pas exclusifs : rien n'empêche de candidater à plusieurs programmes en parallèle, ou de solliciter un soutien public (Bpifrance, ADEME, Banque des Territoires) en complément d'un accompagnement en incubation.
FAQ
Quels incubateurs spécialisés dans l'économie circulaire urbaine ? Il n'existe pas un incubateur unique dédié à l'économie circulaire urbaine, mais un ensemble de programmes complémentaires. Côté ville durable et lien avec les acteurs publics : Ville de Demain (Station F) et Urban Lab (Paris&Co). Côté construction et ville : Leonard et Impulse Partners. Côté impact social et environnemental : Antropia, makesense, La Ruche ou Ronalpia. À cela s'ajoutent des incubateurs généralistes ou deeptech (Agoranov, Wilco, EuraTechnologies) et des organismes publics de soutien (Bpifrance, ADEME, Banque des Territoires, EIT Urban Mobility pour la mobilité urbaine).
Faut-il déjà travailler avec une collectivité pour candidater à Ville de Demain ? Le programme accompagne des startups qui travaillent avec les acteurs de la ville, collectivités, aménageurs, opérateurs urbains, ce qui suppose un projet déjà orienté vers ce type d'interlocuteurs, sans que les modalités précises d'éligibilité ne soient détaillées ici. Les candidatures se déposent sur ville-demain.com.
Ces programmes sont-ils réservés aux projets déjà lancés ? Les niveaux de maturité attendus varient d'un programme à l'autre et ne sont pas uniformes ; il convient de se référer aux critères publiés par chaque structure avant de candidater.
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