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Fonction publique face à l'anglais : l'accueil du public étranger s'improvise encore

Guichets de mairie, offices de tourisme, préfectures : les agents territoriaux composent chaque jour davantage avec des usagers non francophones, souvent sans formation dédiée.

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Par Marie
Nantes · 29 septembre 2026 · 4 min de lecture
Fonction publique face à l'anglais : l'accueil du public étranger s'improvise encore

Un couple d'expatriés se présente à l'accueil d'une mairie pour une déclaration de naissance. L'agent en poste ne parle pas anglais, ou peu, et cherche un collègue disponible, un traducteur en ligne, un formulaire bilingue introuvable. La scène, banale dans de nombreuses collectivités, illustre un décalage : le public accueilli par les services publics change plus vite que les dispositifs prévus pour l'accueillir.

Un public qui ne correspond plus au schéma classique

Mairies, préfectures, offices de tourisme, centres communaux d'action sociale, services de l'état civil : ces guichets ont longtemps été pensés pour un usager francophone. Or plusieurs dynamiques convergent pour faire évoluer cette réalité, installation de travailleurs étrangers, mobilité européenne facilitée, essor du tourisme dans des territoires jusque-là peu concernés, présence croissante d'étudiants internationaux dans les villes universitaires.

Les agents territoriaux, les fonctionnaires de catégorie B et C en particulier, se retrouvent en première ligne. Leur formation initiale porte rarement sur les langues étrangères : les concours de la fonction publique territoriale n'exigent généralement pas de niveau d'anglais, et les métiers d'accueil ne sont pas historiquement associés à cette compétence. Le décalage se joue donc au guichet, dans l'instant, sans filet.

Des solutions de fortune plus que des dispositifs

Face à un usager non francophone, les pratiques observées sur le terrain relèvent souvent du bricolage : recours à un collègue jugé « plus à l'aise » en anglais, utilisation d'applications de traduction sur smartphone, gestes et documents mimés, ou report du rendez-vous. Ces solutions permettent de traiter l'urgence mais ne construisent pas de compétence durable au sein du service.

Certaines collectivités ont commencé à formaliser des réponses : documents administratifs traduits en anglais, parfois dans d'autres langues selon les territoires frontaliers ou touristiques, signalétique bilingue dans les lieux à forte fréquentation internationale, ou encore désignation d'un agent référent pour les échanges en langue étrangère. Ces initiatives restent toutefois hétérogènes d'une collectivité à l'autre, dépendantes des moyens et de la volonté politique locale, sans cadre national uniformisé.

La formation continue, un levier identifié mais sous-utilisé

Le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) propose des modules de formation en langues, dont l'anglais, mais leur accès dépend des plans de formation propres à chaque collectivité et de la disponibilité des agents, souvent contrainte par les nécessités de service. Dans une collectivité où l'accueil du public ne souffre aucune interruption, dégager du temps pour une formation linguistique suppose une organisation qui n'est pas toujours prioritaire face à d'autres urgences de gestion des ressources humaines.

C'est dans cet espace que des offres de formation en anglais professionnel, hors du cadre strictement institutionnel du CNFPT, trouvent leur place. Des organismes comme Goodjob.fr proposent des parcours de formation en anglais professionnel en France, une option parmi d'autres sur un marché qui s'adresse aussi bien aux entreprises privées qu'aux structures publiques en recherche de solutions adaptées à leurs contraintes de planning. Ce type d'offre s'inscrit dans un paysage plus large où coexistent formations en présentiel, modules en ligne, ateliers courts centrés sur des situations professionnelles précises, l'accueil, le téléphone, la rédaction de courriers.

Un vocabulaire professionnel spécifique

L'anglais nécessaire à un agent d'accueil ne recoupe pas l'anglais scolaire ou touristique. Il s'agit d'un vocabulaire fonctionnel : expliquer une procédure administrative, orienter vers un autre service, gérer un formulaire, rassurer un usager perdu dans des démarches complexes même en français. Cette spécificité plaide pour des formations ciblées plutôt que des cours généralistes, un principe que reconnaissent aussi bien les responsables de formation en collectivité que les organismes privés positionnés sur l'anglais professionnel.

Certains services publics à vocation touristique, offices de tourisme, musées municipaux, services culturels, ont intégré cette dimension linguistique plus tôt, par nécessité commerciale autant que par mission de service public. Les collectivités moins habituées à l'accueil international, notamment dans des zones rurales ou périurbaines qui voient arriver de nouveaux habitants étrangers, découvrent parfois ce besoin de façon plus abrupte.

Une question de moyens autant que de volonté

Au-delà des dispositifs de formation, la question reste largement budgétaire et organisationnelle. Les collectivités locales arbitrent entre de multiples priorités, et la compétence linguistique des agents d'accueil n'a pas toujours la visibilité d'autres enjeux de service public. Pourtant, à mesure que la composition démographique de nombreux territoires évolue, la capacité à accueillir un usager qui ne maîtrise pas le français devient un critère de qualité de service au même titre que l'accessibilité ou les horaires d'ouverture.

Sans attendre une réforme structurelle du recrutement ou de la formation initiale, la marge de progression se joue donc surtout du côté de la formation continue, du choix des outils mis à disposition des agents et de la capacité des collectivités à identifier, au cas par cas, les services les plus exposés à ce type de public pour y concentrer les efforts.

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