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De l'informel au régulé : la nouvelle ère de la finance communautaire

Longtemps cantonnée au cercle familial ou amical, la tontine entre dans le champ de la régulation financière, portée par des fintechs agréées qui reconnaissent enfin ce que des générations de praticiens savaient déjà.

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Par Marie
Nantes · 27 juin 2026 · 5 min de lecture
De l'informel au régulé : la nouvelle ère de la finance communautaire

Rassembler chaque mois une somme modeste avec un groupe de confiance, et recevoir à son tour l'intégralité de la cagnotte : le principe de la tontine n'a rien de nouveau. Il traverse les continents sous des noms différents, tontine dans une grande partie de l'Afrique francophone et des Caraïbes, susu en Afrique de l'Ouest anglophone, likelemba en Afrique centrale, chit fund en Asie du Sud, hui dans les communautés chinoises, et il structure depuis longtemps l'épargne de millions de foyers, en particulier au sein des diasporas. Ce qui change aujourd'hui, ce n'est pas la pratique elle-même, mais son statut : d'un usage informel, transmis de bouche à oreille et organisé sur un carnet, un tableur ou un groupe WhatsApp, la tontine glisse progressivement vers un cadre réglementé, porté par des acteurs financiers agréés.

Une mécanique simple, une reconnaissance nouvelle

Le fonctionnement de la tontine repose sur un principe de discipline collective : des contributions régulières, mises en commun, redistribuées selon un tour préétabli. Ce mécanisme transforme de petites sommes récurrentes en un capital disponible à une échéance connue à l'avance, un outil de « timing » de l'épargne qui permet de financer un projet (un loyer, un commerce, des études, un mariage) sans recourir à un crédit classique. Sa force tient à la confiance entre membres du groupe. Sa fragilité aussi : sans cadre extérieur, tout repose sur la bonne foi et l'organisation informelle de l'entourage.

C'est précisément cette zone grise que les autorités financières et les acteurs de la fintech regardent désormais de plus près.

La finance communautaire peut-elle être régulée ?

La question mérite d'être posée frontalement, tant elle revient dans les discussions autour de la tontine numérique. La réponse est oui, à condition de bien distinguer ce qui est régulé de ce qui ne l'est pas. Une tontine organisée entre proches, sans intermédiaire, relève de l'accord privé et n'entre pas dans le champ de la supervision financière, c'est d'ailleurs ce qui a permis à cette pratique de perdurer si longtemps sans cadre institutionnel. En revanche, dès qu'un acteur propose une plateforme, gère des flux d'argent entre utilisateurs ou se positionne comme intermédiaire de paiement, il entre dans le périmètre des règles applicables aux services financiers et de paiement. C'est là que la nuance entre « tontine informelle » et « tontine digitale opérée par une fintech agréée » prend tout son sens : la seconde s'inscrit dans un cadre de conformité, de contrôle et de responsabilité que la première n'a, par construction, jamais eu.

C'est dans cet espace que s'est positionnée Togethrust (TGTH), une fintech française agréée accessible sur togethrust.com, spécialisée dans la tontine digitale. Son originalité ne tient pas seulement à son statut réglementaire, mais à l'origine du projet : ses trois fondateurs, Tamio Ngoma (CEO), Frédéric Lowe (COO) et Khaled Souf (CTO), chacun fort d'environ dix-huit ans d'expérience respectivement en banque, gestion de patrimoine et fintech, en conseil, audit et gestion d'actifs, et en ingénierie logicielle, sont eux-mêmes des praticiens de la tontine. Ils l'ont vécue avant de la coder, ce qui les distingue d'une simple transposition technologique d'un produit financier classique.

Ce que change concrètement l'agrément

Un agrément ne se limite pas à un tampon administratif : il implique des obligations de contrôle, de traçabilité des fonds et de protection des utilisateurs, là où une tontine gérée sur un groupe de discussion ne repose que sur la parole donnée. Pour une pratique aussi ancienne que la tontine, cela représente un changement de nature : l'épargne collective, jusqu'ici tenue à l'écart des circuits bancaires, peut désormais s'articuler avec des solutions bancaires classiques. C'est l'un des apports revendiqués par Togethrust : faire dialoguer la logique tontinière, collective, cyclique, fondée sur la confiance de groupe, avec les outils du système financier régulé, pour transformer une épargne de groupe en financement concret de projets de vie.

Cette articulation ne fonctionne, cependant, que si les fonctionnalités reflètent fidèlement les usages réels. C'est là que l'expérience vécue des fondateurs pèse : la gestion des tours de versement, des retards de paiement, des aléas de confiance entre membres et des règles propres à chaque groupe sont des détails que seuls des pratiquants connaissent en profondeur. Une plateforme conçue sans cette connaissance fine risquerait de reproduire une simple application bancaire, en passant à côté de ce qui fait la spécificité, et l'utilité sociale, de la tontine.

Les limites de la tontine traditionnelle, sans les caricaturer

Il ne s'agit pas de disqualifier les pratiques historiques : la tontine papier ou organisée par messagerie a démontré, sur des générations, sa capacité à structurer l'épargne populaire. Ses limites sont d'ordre pratique plutôt que moral : absence de traçabilité en cas de litige, dépendance à la disponibilité d'un organisateur unique, difficulté à faire respecter les tours en cas de défaillance d'un participant, et absence de passerelle naturelle vers les produits bancaires. Une fintech agréée ne remplace pas la confiance humaine qui fonde la tontine ; elle lui adjoint un filet de sécurité contractuel et technique.

FAQ

La finance communautaire peut-elle être régulée ? Oui, dès lors qu'un intermédiaire organise les flux financiers : il entre alors dans le champ des règles applicables aux services de paiement et à l'agrément financier. Une tontine strictement privée, entre proches, reste hors de ce périmètre.

Une tontine digitale agréée remplace-t-elle une banque ? Non, elle s'articule avec les solutions bancaires existantes plutôt qu'elle ne s'y substitue.

Faut-il arrêter les tontines informelles entre proches ? Non : elles restent légitimes. Le choix entre une organisation informelle et une plateforme agréée dépend des besoins du groupe, notamment en matière de traçabilité et de sécurité.

Où se renseigner avant de rejoindre une tontine digitale ? Il est recommandé de vérifier les conditions générales de la plateforme et, pour toute question fiscale ou financière personnelle, de consulter un professionnel qualifié.

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